Octave et les valeureuses

La descente aux enfers réjouissante d'un quadragénaire incapable de se fixer sentimentalement.

Paroles d’auteur

Cela m’amusait de donner chair à toutes ces femmes qu’Octave tourne en dérision dans Un homme à p(r)endre. Dans cette pièce, elles ont la parole et tout devient plus glissant. Octave fatalement n’a plus le dernier mot. Une juste revanche.

Personnages

Octave – Célibataire, la quarantaine, professeur des écoles

Sylvie – Célibataire, entre trente et quarante ans, chanteuse lyrique

Josy – Célibataire, entre 20 et 25 ans, étudiante en psychologie

Éliane – Célibataire, proche de la quarantaine, professeur

Joëlle – Mariée, la quarantaine, caissière de grande surface

Brigitte – Sœur d’Éliane, célibataire, la quarantaine, galeriste

La mère d’Octave – Veuve

La mère d’Éliane et de Brigitte – Mariée, directrice d’école

Le père d’Éliane et de Brigitte – Marié, professeur d’université

Nota bene – les deux mères peuvent être interprétées par la même comédienne.

 

Biographie

Cette pièce vient de recevoir le prix spécial du jury de  l’Accademia Internationale « Il Convivio » en Sicile.

Lecture publique orchestrée par l’auteur au Vingtième Théâtre à Paris le 21 janvier 2011. Avec Jean-Christophe Allais, Mounira Barbouch, Simon Bellahsen, Marie-Martine Cheveaux, Joséphine Déchenaud, Marine Martin-Elhinger, Cathy Nouchi et Véronique Rodier.

Octave et les valeureuses au Liban (mars 2012)

Octave et les valeureuses, un Don Juan atypique

agenda culturel – Julie Holman – mars 2012

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Le choix de la pièce présentée par Nadine Mokdessi, au théâtre Monnot jusqu’au 1er avril, se justifie par sa pertinence. Décrite par elle comme un « conte de fées des temps modernes », cette pièce légère traite d’une figure qui séduit et inquiète à la fois toutes les femmes ; la figure du séducteur, l’impétueux Don Juan, qui ne cesse de se diffuser en cette période désabusée contemporaine.

Un personnage atypique

À la fois solitaire et impersonnel car il ne s’attache pas, et ouvert au plaisir, Octave est un Don Juan atypique. C’est un séducteur qui ne cherche pas à séduire mais qui séduit malgré lui. Il devient d’autant plus attachant qu’on découvre en lui une tristesse associée au manque d’amour de sa mère (rôle tenu alternativement par Marie-Paule Lefèvre et Karine Tawil), rejoignant ainsi les nombreux abandonnés marqués souvent à tout jamais par cette privation.


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Un cortège féminin attachant

Une figure de la femme d’aujourd’hui est petit à petit esquissée : confinée dans le passé au rôle de pleureuse, la femme moderne dépeinte dans cette pièce est une femme sans état d’âme, courageuse, bondissante. Derrière chaque femme se devine le désir parfois insoupçonné d’être une femme parfaite, celle qui saura dompter ce Don Juan déconcertant car emprunt de sincérité. En effet, que ce soit Marianne (Joëlle Yaacoub), sa fiancée bourgeoise, Sylvie (Diala Gemayel), sa petite amie cantatrice, Joëlle (Léa Abi Nader), sa voisine nymphomane, Josy (Ghada Abdel Sater), l’étudiante-boulangère un peu mièvre, Brigitte (Elsa el Hage), sœur de sa fiancée, et la mère de ces dernières (Josiane Riachi), « toutes ces femmes se livrent physiquement ou sentimentalement à lui.

La délectation des comédiens séduits d’emblée car leur rôle est à la hauteur des spectateurs qui suivent et réagissent bien à cette forme d’humour légère et féroce.

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Octave et les Valeureuses: À mourir de rire

L’hebdo Magazine – Christiane Tager Deslandes – mars 2012

« Quel plaisir de retrouver Nadine Mokdessi et sa troupe pleine d’entrain et d’enthousiasme! Et cette fois-ci, comme toujours d’ailleurs, le rire est garanti au détour de chaque situation, de chaque phrase. Les acteurs sont parfaits et tellement attachants. On les reconnaît, on les attend! Et Mokdessi, on le sait, est perfectionniste. Du coup, la pièce est un véritable chef-d’œuvre, aussi bien du point de vue du jeu des acteurs que de la mise en scène…

Octave n’est certainement pas un Don Juan classique. Il dit oui parce qu’il ne sait pas dire non. En disant oui à toutes les femmes, il est l’homme de tous les amours, mais surtout de toutes les insouciances. Il se prend ainsi les pieds dans un délicieux piège. Une très belle machine à rire avec Ghada Abdel-Sater, Joe Abi Aad, Léa Abi Nader, Elsa Hage, Diala Gemayel, Alain Hochar, Marie-Paule Lefevre, Josiane Riachi, Karine Tawil et Joëlle Yaacoub. »

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Octave et les valeureuses ou l’éternel masculin

L’Orient-Le jour.com – Zéna Zalzal – mars 2012

Toujours dans le registre du vaudeville et du rire léger – mais sur un fond grinçant cette fois! – et toujours pour la bonne cause, la dix-neuvième pièce présentée par Nadine Mokdessi traite d’un sujet cher au cœur des femmes : l’éternel masculin.

Et c’est ainsi qu’Alberto Lombardo, comédien et metteur en scène contemporain, vous représente messieurs à travers le personnage central d’ Octave et les valeureuses, une de ses dernières pièces à succès qui traitent de la difficulté d’aimer.

Tout cela est distillé à coups d’humour incisif, de situations hilarantes, de reparties caustiques et de dialogues acerbes.

Bref, une revue de fond drôle et cynique, des travers et dérapages masculins servis par le jeu de cette dizaine de vétérans de l’atelier de Nadine Mokdessi.

Octave et les valeureuses par Les tréteaux de Blaise

(juillet 2014)

 

Préface de Gilles Costaz

Octave et les valeureuses : drôle de titre pour une pièce follement drôle. Alberto Lombardo nous fait entendre en même temps Octave et les malheureuses, puisque sa comédie met en scène un homme cerné par cinq femmes cherchant désespérément à avoir l’exclusivité de son amour. Cet Octave n’est pas un Don Juan classique : il ne conquiert pas les femmes par la manière forte. C’est un séduit plus qu’un séducteur. Il dit oui parce qu’il ne sait pas dire non. En disant oui à quelques passantes énamourées, il est l’homme de toutes les lâchetés et aussi l’homme de tous les amours. Il se prend sans doute les pieds dans un piège mortel mais le piège est délicieux. Et il n’y a que cinq séductrices. Dans Les Fiancées en folie, Buster Keaton – une référence qui est peut-être dans la tête d’Alberto Lombardo : il y a une parenté, une sorte de douceur lunaire, entre ces deux destructeurs de l’esprit de sérieux – est poursuivi par cinq cents adoratrices. Lombardo, avec les moyens du théâtre, ne peut s’offrir une telle multiplication d’égéries. Son rire n’est pas délire puisqu’il fait tourner, avec beaucoup d’habileté, un manège qui sonne vrai. Ce manège est une belle machine à rire, avec sa profondeur secrète : la course-poursuite que nous menons tous avec notre double besoin d’amour et de solitude.

Extrait 1

Scène 7

JOËLLE – Je vous dérange ?

OCTAVE – Heu !… C’est-à-dire que là…

JOËLLE – Je suis votre nouvelle voisine, j’habite au-dessus, je viens d’emménager avec mon mari. Il est en déplacement en ce moment… jusqu’à la fin de la semaine. Ma télévision ne marche pas, je voulais savoir si c’était général ?

OCTAVE – Je n’ai pas de télévision.

JOËLLE – C’est pas vrai !

OCTAVE – Mais… oui.

JOËLLE – C’est fou ! Ça existe encore ?

Elle ne se fait pas prier pour pénétrer dans le studio.

JOËLLE – C’est pas très grand chez vous. Je pensais que tous les appartements étaient pareils. Ça fait longtemps que vous habitez là ? (Elle constate les assiettes vides sur la table.) Vous attendez du monde ?

OCTAVE – C’est une erreur.

JOËLLE – Ah ! Célibataire ?

OCTAVE – Oui. J’ai failli ne plus l’être, mais j’ai fait mon retour à la case départ.

JOËLLE – Soulagé ?

OCTAVE – C’est un peu la confusion dans ma tête.

JOËLLE – Difficile de sauter dans la mare. Moi, j’ai beaucoup hésité quand Jérôme, c’est mon mari, m’a proposé de m’installer avec lui. Je me suis dit que ce ne serait plus jamais comme avant. Et puis j’ai vite compris que non, ça ne dépendait que de moi. Parce que faut pas croire, on ne s’habitue jamais quand on n’a pas la fibre conjugale. En tout cas, moi, j’ai pas envie de m’habituer. (Elle soupire.) Un jour ou l’autre, on finit tous par craquer. Un petit remontant, ça ne vous ferait pas de mal. (Elle aperçoit la bouteille de whisky. Elle sert un verre à Octave et un pour elle.) Allez ! Mettez-vous à l’aise et dites-moi tout.

OCTAVE – Ça faisait deux ans qu’on se voyait par intermittence, Éliane et moi. Remarquez c’est énorme pour moi. Elle semblait si fragile quand elle m’a proposé de l’épouser… si malléable… si amoureuse…

JOËLLE (pas convaincue) – Ouais…

OCTAVE – C’est important de se sentir aimé.

JOËLLE (idem) – Ouais…

OCTAVE – On n’est pas faits l’un pour l’autre. C’est évident. Il suffit de nous mettre côte à côte pour flairer l’anachronisme.

Même si elle ne comprend pas tout en détail, elle se doute bien qu’il a évité le pire.

JOËLLE – C’est dangereux ce machin-là. Mais qu’est-ce qui vous a pris ? …

Extrait 2

Scène 9

LA MÈRE – Et alors ? De toute façon t’étais là, j’étais bien forcée de te garder. J’en voulais pas d’autres, c’est ce que ça voulait dire.

OCTAVE – T’en voulais pas du tout.

LA MÈRE – T’étais au bord de l’asphyxie, ils ont dû te secouer par les pieds pour te faire pousser ton premier cri, je me souviens, je me suis dit : si en plus il y passe, j’aurais souffert pour rien.

OCTAVE – Ça t’aurait évité de chercher à m’éliminer par la suite.

LA MÈRE – Qu’est-ce que tu racontes ?

OCTAVE – J’avais à peine un an, on m’a retrouvé sur le rebord de la fenêtre du septième étage de notre immeuble. Y avait que toi dans l’appartement, tu ne vas pas me dire que j’y suis allé tout seul. Heureusement que tante Cécile a eu la bonne idée de te rendre visite ce jour-là. Quand tu as entendu frapper à la porte, tu as dû avoir un lourd moment d’hésitation. Tu avais peut-être l’espoir que le temps que tu ailles ouvrir, je finirais par sauter.

LA MÈRE – C’est ma dépressive de sœur qui t’a raconté ces inepties ?

OCTAVE – Mais je me contentais de regarder les oiseaux voler. À ton grand désespoir.

LA MÈRE – Mon pauvre Octave, tu en es encore à ressasser des histoires que tu n’as même pas vécues. Toi qui n’as aucune mémoire, comment pourrais-tu te souvenir de ce qui s’est passé quand tu n’étais même pas en âge de prononcer caca correctement ? Ça m’aurait évité de te changer deux fois par jour.

OCTAVE – Grâce à toi, on peut dire que j’ai été propre très rapidement. Dès l’âge de neuf mois, tu m’obligeais à faire dans le pot.

LA MÈRE – Plains-toi. Au moins t’as pu aller à l’école avant tout le monde.

OCTAVE – Et j’y suis encore.

LA MÈRE – Preuve que ça t’a plu. Mais si tu penses autant de saletés à mon sujet, pourquoi tu continues à me voir ? (Elle observe avec mépris le tas censé représenter Éliane.) T’as vraiment l’intention de l’épouser ?

OCTAVE – Pourquoi ? Elle ne te plaît pas ? Dis-le-moi, j’ai encore le temps de la remplacer.

LA MÈRE – Tu vas la faire souffrir.

OCTAVE – Tu me verrais avec quel genre de fille ? Je serais curieux de le savoir.

LA MÈRE – Avec personne.

OCTAVE (blessé) – Qu’est-ce que tu connais de l’amour ?

LA MÈRE – Quoi ! Répète un peu pour voir ? Avec ton père, j’ai vécu ce que tu ne seras même pas capable d’éprouver, de ressentir une seule fois dans ton existence. Depuis le premier jour jusqu’à sa mort, on était comme ça, liés, unis, le partage, la communion, tu sais ce que ça veut dire ?

OCTAVE – Ne t’énerve pas !

LA MÈRE – Tant mieux si elle entend, ça la fera réfléchir. Comme on s’aimait ! On ne s’est pas lâchés d’une semelle. La seule fois où il a dû partir sans moi, c’était pour l’enterrement de son père, parce que j’avais trouvé personne pour te garder. On s’appelait toutes les demi-heures, tellement on pouvait pas assurer l’un sans l’autre. Oui, je t’en ai voulu, je t’en ai voulu d’être là parce qu’à cause de toi, on n’a pas pu en profiter comme on aurait dû. Quand tu étais petit, et ça a duré longtemps, tu pleurais toutes les nuits, déjà tu étais jaloux, tu voulais nous séparer. Heureusement on n’a pas cédé. C’était pas toi qui allais faire la loi. Et c’est ça qui t’a gêné : de voir tes parents heureux, s’aimer comme des fous et de ne pas avoir prise sur cet amour.


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