Une femme de tête(s)

C'est la confession tragi-comique d'une femme en mal d'amour. Florence, une citoyenne du monde, à l'âge indéfini et aux pieds monstrueux, brosse sans pudeur le portrait des hommes qui ont malencontreusement croisé son existence. Déçue par sa première histoire d'amour sur laquelle elle avait fondé tous ses espoirs, elle se voit contrainte à se venger. Elle porte à la fois un regard tendre, exigeant, sentimental et cruel sur la gent masculine. Florence est une femme de tête qui décime les hommes quand elle perd la tête.

Paroles d’auteur

J’ai écrit ce texte pour Fanny Fennec. Parce qu’à mes yeux, elle est la seule comédienne que je connaisse capable d’interpréter le rôle de Florence dans toutes ses dimensions. Elle possède cette énergie, cet éternel étonnement et cette étrangeté indispensables pour jouer ce personnage.

Fanny est une comédienne cérébrale et instinctive, capable d’apprécier, d’enregistrer, de comprendre, d’assumer et de retranscrire à sa manière toutes les informations que vous lui lancez. C’est une comédienne du temps présent, c’est-à-dire qu’à chaque représentation, elle arrive nouvelle, avec sa charge émotionnelle et son état du jour. Ce qui lui permet d’avoir un rapport charnel avec ses personnages et du même coup de nous les rendre uniques, ici et maintenant. Le spectateur devient témoin direct du spectacle en train de se jouer et ne peut que se sentir interpellé.

Fanny, c’est un régal pour un auteur. Elle aime les mots, je dirais même qu’elle les épouse. Elle prend le texte à bras-le-corps, elle l’empoigne, elle l’habite et nous le rend palpable. C’est une comédienne à la fois impudique et précieuse, qui saisit sans agresser, qui nous fait rire en déblatérant des monstruosités.

Elle est inclassable donc universelle et c’est sa mission de nous rendre ce personnage singulier de Florence attachant et profondément humaine

 

 

Biographie

Ce monologue a été joué pour la première fois à Zagora (sud marocain) dans la cadre d’une représentation de Tant pis pour vous (pièce qui réunissait deux monologues : Un homme à p(r)endre et Une femme de tête(s)). Cette pièce a été représentée à Montréal (2007). Ensuite le monologue a vecu sa propre existence et a été joué à Paris en mars 2008, puis de nouveau à Montréal en juin 2008.

Extrait 1

Sitôt enfermés dans la chambre nous nous sommes sauvagement jetés l’un sur l’autre. Ses baisers étaient chauds, sa langue bien large épaisse et charnue, qu’il savait manœuvrer à la perfection. J’avais l’impression d’être sur une île hawaiienne. C’est d’ailleurs ce que je me suis dit : Eh bien c’est toujours ça de pris, t’auras pas à économiser toute ta vie pour aller là-bas puisque tu y es déjà. Y a des hommes qui vous font voyager rien qu’avec leur langue. Ensuite il m’a lêché tout le corps. Hormis les pieds. J’avais manifesté mon intention de garder mes chaussettes. Ça l’a fait rire. Et moi ça m’a permis de m’abandonner davantage. Il suffit de savoir y faire, et on obtient tout de moi. Sa langue sur toutes, à travers toutes, dans toutes les parties de mon corps, c’était pas banal. Il avait une peau !… mais une peau de soleil, quand on la touche on sent le sable doré du désert, l’odeur coco de la crême à bronzer, et les chutes du Niagara. On y plonge avec ravissement. Et son sexe !?

J’ai d’abord eu une réaction de recul. Il s’en est aperçu, il était très fin comme garçon. T’en fais pas mon petit ça va rentrer. J’ai dégluti d’angoisse, mais j’ai décidé de lui faire confiance. Et j’ai eu raison. Ce fut d’abord possible, ensuite intéressant, rapidement merveilleux et pour finir, pour finir… C’est là que le bât blesse et que mon problème de manque de patience intervient.

Au bout d’un certain temps, même si ça se passe très bien, j’ai besoin que ça cesse. Le plaisir à durée indéterminée c’est pas mon truc. Il est possible que je désire que cela cesse plus rapidement que la moyenne des gens, mais bon ! il faut bien que ça s’arrête à un moment donné ! Ne serait-ce que pour pouvoir se dire : oh qu’est-ce que c’était bon. Pendant tu dis c’est bon, et après tu dis c’était bon. Mais si l’après tarde trop à arriver, pendant ne devient plus bon du tout et l’après, quand il se pointe, tu le traites de tous les noms.

– Michel, je ne voudrais pas te brusquer mais si tu pouvais conclure, je t’en saurais gré.

– Ça y est ma prune, j’y suis, je viens, Ça y est, oh bon Dieu c’est bon.

– Ça y est ?

– Ça vient. Oh oh oh !

– T’as joui ?

– Je suis sur le point.

– Maintenant il va falloir.

– Ça te plaît ma colombe ?

– Oui oui parfait, mais lâche-toi maintenant.

– Oh ! c’est trop bon.

– Tu vas rater ton vol.

– Tu plaisantes, il reste encore une heure.

– Le temps de prendre une douche de te rhabiller de payer la chambre.

– Tais-toi, j’y suis.

– Ah oui ?

– Oh t’as parlé, fallait pas, je t’avais demandé de te taire.

– Tu préfères pas que je te finisse à la main ?

– Attends, attends ça vient oh ! mon Dieu t’as vraiment un trésor à l’intérieur, on n’a pas envie de se retirer.

– Eh bien il va falloir parce que je vais finir par me fâcher.

– Oh ma Flofo !!!…

Alors là je ne sais pas ce qui m’a pris… Est-ce que c’est parce qu’il m’avait rappelé mon père en prononçant le diminutif dont lui seul se servait – et avoir mon père en moi, ça n’a jamais été une priorité. Est-ce parce que ma patience venait d’atteindre son seuil de tolérance maximal ? Ou est-ce parce que mon plaisir était trop extrême et que je ne voyais pas pourquoi ça tombait sur moi, en quoi je le méritais, j’étais pas la meilleure… J’ai saisi la lampe de chevet au pied de bronze qui se trouvait sur la petite table à ma gauche, et je lui en ai asséné un coup sur la nuque. Il s’est subitement aplati contre moi. Aussitôt je l’ai senti dégonfler à l’intérieur, je me suis dégagée comme j’ai pu, je me suis rhabillée rapidement, tout en l’avertissant que la prochaine fois, si prochaine fois y avait, il devrait être un peu plus à l’écoute. Il ne m’a pas répondu, ça m’a inquiétée. Je me suis approchée du lit et la curieuse impression qu’il ne respirait plus s’est imposée comme une évidence. J’ai vérifié : il était bel et bien mort.

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Extrait 2

C’est à ce moment-là que j’ai compris que c’est ça qu’on attendait de moi. éliminer ceux qui se mettent en tête de vouloir faire le bien. Ces quelques hommes qui se targuent de nous respecter, ce sont les pires. Ils ont plein d’idées difformes derrière la tête. Ils sont en désaccord avec leur propre sexe, ils sont entre les deux. Et entre les deux, c’est monstrueux. Parce qu’ils vous font croire que tout est possible, qu’ils s’occuperont de tout, que vous allez pouvoir vous abandonner, qu’ils vous porteront tout au long du chemin. Et ils le croient aussi. Mais un beau jour ils vous abandonnent… un beau jour !… et vous, vous restez en rade, définitivement, vaincue, défaite et incurable.

Ce qui me plaît, c’est cet instant où tout parat possible, où l’on peut lire dans le regard de l’autre la promesse d’un avenir immaculé. À ce moment-là, je fonds comme sur le rebord de mon muret. Et j’en ai croisé tout de même beaucoup des hommes qui m’ont fait fondre. Ce qui me déplaît c’est de m’y être laissé prendre, de m’être abandonnée, donnée à ces hommes que je ne peux pas m’empêcher de mépriser pour leurs faiblesses, leurs chantages et leurs mensonges à venir.

Et je suis certaine qu’ils s’en veulent, je le lis dans leurs yeux lorsque je les strangule et qu’ils sont au bord de l’autre rive. Ils savent eux aussi que le prince charmant n’existe pas, et ils se méprisent d’avoir voulu prendre sa place. Ils ont honte de ne pas avoir rempli leur contrat, ils se dégoûtent de n’avoir pas pu assurer, ils se considèrent comme des pourritures. Alors, il ne leur reste plus qu’une solution.

C’est moi ! Moi ! Moi !


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